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Le cadreLe fait le plus marquant de l'histoire des Provinces du sud-ouest burkinabé Bougouriba et Ioba est la forte expansion des Dagara qui, il y a peu près deux cents ans, partaient de la rive gauche de la Volta au nord du Ghana actuel et se déplaçaient en petites groupes vers le nord et l'ouest soit en peuplant des espaces vides, soit, cas bien plus fréquent, en repoussant les populations qui y habitaient. Cette expansion agricole, qui par endroits continue jusqu'à aujourd'hui, est au centre de nos recherches. Il s'agit de mieux comprendre l'organisation sociale de la mobilité, les stratégies de l'appropriation de l'espace ainsi que la dynamique des identités et des frontières ethniques. Dans l'ensemble les populations de la région partagent des systèmes politiques et économiques semblables. Comment se fait-il alors qu'une sociétés (Dagara) soit très expansif tandis que d'autres sont plutôt stables ou même en retraite (Pwo, Sisala, Dyan). C'est surtout le long du « front pionnier » de l'expansion des Dagara, cette zone d'intenses contacts et échanges interethniques qu'on peut étudier les stratégies d'appropriation du territoire dans une perspective comparative en tenant compte des aspects symboliques, politiques et sociologiques. C'est bien là que les différents systèmes de valeurs se confrontent et que les frontières ethniques se durcissent. De l'autre côté c'est aussi l'espace des conversions claniques et ethniques et de l'assimilation culturelle et linguistique. Nous étudions les deux processus et la question dans quelles circonstances historiques ils se manifestent. Le cadre géographique de nos recherches se situe le long de la zone de contact entre Dagara et Sisala dans les Départements de Ouessa et de Niégo (Carola Lentz), Dagara et Pwo dans les Départements Oronkua, Dano et Guéguéré (Richard Kuba) ainsi que dans la région à l'ouest de Diébougou qui est une zone d'interaction entre Dagara, Pwo, Birifor et Dyan (Michaela Oberhofer et Richard Kuba) [cf. carte]. Un développement tout récent, la découverte de riches gisements d'or dans la région et la ruée vers l'or qui s'ensuivait, constitue l'ouverture d'un nouveau « front pionnier » (étudié par Katja Werthmann). Sauf pour ce dernier volet de recherche, on se concentre sur la période précoloniale et coloniale. L'institution du sanctuaire de la terre est d'une importance particulière dans la région. Non seulement il permet la communication avec les forces spirituelles de la terre et protège le territoire villageois mais il règle aussi les relations entre différents villages et groupes sociaux. L'histoire des sanctuaires de la terre, qui est bien souvent controversée et contestée, peut éclaircir la relation qu'existe entre la création de frontières spatiales et la constitution d'identités collectives. Au cours de leur expansion, les Dagara ont souvent rencontré des gens qui étaient préalablement installé sur leur futur terroir. La question se pose, s'ils ont acquis leurs sanctuaires de la terre de la population précédente ce qui implique d'habitude des relations de dépendance rituelle ou bien ont-ils procédé à une installation autonome du sanctuaire. Peut-on observer des changements du système dans la période coloniale ? >> En haut |
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Questions de méthodeToutes les groupes en question, Dagara, Sisala, Pwo et Dyan, sont des sociétés sans état ce qui pose des problèmes spécifiques au niveau des sources. Non seulement toutes sources écrites sont absentes avant l'arrivé des colonisateurs en 1897, mais aussi la mémoire historique est assez limitée, dépassant rarement quatre ou cinq générations. L'institution du griot est inconnu et le besoin de légitimer des instances politiques centrales est plutôt réduit - à l'exception de la fonction du chef de terre. Les traditions orales concernant l'histoire du peuplement sont, comme ailleurs, un champ où régulièrement se manifeste la collision des intérêts divers. Souvent ces traditions ne peuvent être déchiffrées qu'à la lumière de conflits récents. Dans ce contexte on a prêté une attention particulière aux stéréotypes fréquents comme celui du chasseur isolé comme fondateur d'un village, du départ volontaire des populations précédentes, du droit du lineage fondateur à fournir le chef de terre etc. La comparaison d'un grand nombre de récits indépendants concernant la fondation et le peuplement des villages est un moyen de dégager le passé - surtout quant on compare une région assez vaste et à composition ethnique assez variée. D'un côté, les divergences dans les récits peuvent signaler des conflits, d'un autre côté il y aussi des convergences entre les récits des « gagnants » et des « perdants » d'un litige sur les droits fonciers. Une autre solution est l'emploi de sources non-narratives. Ainsi les dépendances entre les villages au niveau rituel peuvent être compris comme expression de l'histoire du peuplement. Conformément au « droit du premier arrivant » l'espace habité et non habité est classé dans un certain ordre hiérarchique, les villages les plus anciennes ont des droits rituels envers les villages plus jeunes qu'ils ont doté de succursales de leur sanctuaire de la terre. Dans ce contexte on ferra aussi mention d'une méthode qu'on est en train de développer avec l'appui des botanistes/géographes pour déterminer l'âge relatif des villages à travers la composition des parcs agraires qui les entourent. Il s'agit donc de combiner des méthodes différentes dont les résultats, dans le meilleur des cas, peuvent converger. >> En haut |
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Résultats préliminairesBien qu'il y ait de nombreuses versions divergentes et parfois contradictoires dans la tradition orale, on tentera toutefois d'esquisser une chronologie relative du peuplement dans notre zone de recherche. Au 18e siècle la région était probablement assez peu peuplée. Les informations concernant les populations autochtones sont rares et souvent confuses. À l'est du Mouhoun (Volta noire) habitait probablement une population mélangée de Pwo (vers Ouessa et Niégo) de Bwaba (vers Bon et Danfi) ainsi que Dyan (mélangé aux Pwo). Ceux-ci furent soit assimilés par les groupes de migrants qui entraient dans la région par la suite soit -- ce qui semble avoir été plus généralisé -- repoussés vers le nord et l'ouest. Il est difficile de savoir quand les premiers groupes sisala touchent la région, mais leurs villages les plus anciens comme Bagwon, Lambussie, Bozo et Kiétou existaient sans doute au début du 19e sinon au 18e siècle et peut-être même plus tôt. En général les récits historiques relatant la fondation de ces villages ne donnent aucune précision sur la population précédente. Les fondateurs de Bagwon, qualifié unanimement comme le village sisala le plus ancien, est dit d'être descendu du ciel. Les origines géographiques des autres villages sisala sont très variées, soit leurs fondateurs venaient des régions au sud étant à présent dagara-phones (Wa et Jirapa), soit des régions plus à l'est habités aujourd'hui par les Kassena. La population d'un village peut avoir des origines fort différentes. Une bonne partie de ce genre de récits s'est sans doute constituée lors du dernier tiers du 19e siècle à l'occasion des incursions guerrières du Zaberma Babatou qui provoqua de nombreux mouvements de retrait et d'implantations nouvelles. Les premiers Dagara dans le Département de Ouessa et Niégo n'arrivent probablement pas avant le dernier tiers du 19e siècle. Quelques fondateurs de leurs villages viennent de villages dagara de l'autre côté de la Volta (qui à leur tour étaient fondés par des gens qui étaient préalablement venus de l'est du fleuve). D'autres arrivent de la région de Lawra, Nandom et Kokoligu au Ghana actuel. Les villages dagara les plus anciens sur le territoire du Burkina Faso à l'est du Volta semblent être Ouessa et Dianlé. La manière dont ils obtenaient leurs sanctuaires de la terre est contestée jusqu'à l'heure actuelle par les Sisala évincés. >> En hautLa plupart des villages dagara des Départements Ouessa et Niégo a été fondée dès le début de ce siècle, soit par des détachements venus des villages préexistants dans la région, soit par des migrants de l'autre côté de la Volta. Ces villages nouvellement fondés, n'ont - -- à quelques exceptions près (Dadoune) -- pas reçus leurs sanctuaires de la terre de la main des Sisala (ou Gourounsi). A partir des années vingt commence alors une forte migration des Dagara. Afin d'éviter le régime oppressif du chef de canton de Dianlé, Denyuu, ils traversent la frontière franco-anglaise en direction du protectorat britannique, fuyant ainsi corvées, travaux forcées et taxes excessives. Presque tous les villages dagara le long de la frontière au nord-ouest du Ghana actuel qui se trouvent sur la terre des Sisala (Fielmuo, Cheboggo, Koro, Kyetug etc.) sont fondés de cette manière. Après la fin de la deuxième guerre mondiale et la fin du régime de Denyuu bon nombre de ces réfugiés rentrent en Haute Volta, soit dans leurs villages d'origine, soit dans des villages nouvellement fondés dans les Départements actuels de Bourra et de Niabouri. En même temps continua et continue jusqu'à nos jours le processus d'expansion des Dagara qui étaient restés du côté français. Les villages les plus récents ne datent pas plus de cinq ans. Dans les régions nord et nord-ouest de la Province du Ioba le schéma du peuplement qui ressort de l'analyse des récits historiques fait part de trois couches de population qui s'ensuivent : d'abord les Bwaba (n'ayant que quelques habitations éparpillées) ensuite les Pwo (Puguli) et finalement les Dagara. Les Pwo sont originaires du côté ghanéen du Mouhoun. Des traditions rapportent qu'ils quittèrent leurs « frères », les Sisala, à cause d'une querelle autour d'une tête de chien. Moins enraciné dans un passé mythique sont les récits parlant d'attaques de la part de cavaliers armés, parfois assimilées aux Zaberma, qui causent la fuite des Pwo et les incitent à traverser le Mouhoun. Ils étaient les premiers à entrer les vastes espaces, apparemment largement inhabités à l'ouest du Mouhoun dans la Province actuelle de la Ioba. Presque partout sont-ils reconnus comme premiers habitants. L'image pionnier que les Dagara ont des Pwo converge avec celle que les Pwo ont d'eux même, les qualifiant comme coureurs de la brousse et défricheurs de la forêt vierge. La fondation s'opère généralement à travers le personnage du chasseur qui trouve un endroit propice. Mais même les Pwo admettent que presque partout où ils ont fondé des villages ils ont trouvé des traces d'activité humaine, surtout des tressons de poterie attribués souvent aux Bwaba. >> En hautLes Dagara-Wiile qui suivent les Pwo nomment comme motif de leur migration la famine et la recherche de terres fertiles. Peu à peu ils arrivent à repousser les Pwo de presque la totalité de la Province du Ioba actuelle, les cantonnant dans leurs aire d'habitation contemporaine dans la Province du Tuy. Il semble qu'au cours du 19e siècle on peut identifier une transposition des frontières ethniques et des relations interethniques. Les relations entre ceux qui étaient anciennement installés et les nouveaux-venus n'étaient probablement jamais démunis de conflits. Mais une certaine assimilation linguistique et culturelle semble avoir été fréquente au début du 19e siècle. Nombre de villages sisala mentionnent des origines dagara et la vieille terminologie sisala pour les Sisala/Dagaba, (Diewor/Kiewor) indique qu'on ressentait une certaine parenté. Le changement d'identité s'opérait fréquemment des Dagaba aux Sisala (à travers un mélange avec les Kassena etc.) et des Dagara-Wiile aux Pwo. Des traditions parlent des arrangements pacifiques et de compromis entre les autochtones et les migrants même si la situation était potentiellement conflictuelle. Quelquefois les fonctions comme chef de la terre et le chef de la brousse étaient repartis parmi deux groupes ethniques, dans d'autres cas un groupe préférait de continuer la migration. Un exemple d'assimilation culturelle prononcé présentent les Yeri, qui sont parfois identifiés aux Sisala, parfois aux Dagara et aussi aux Pwo tout en gardant la conscience d'une identité à part. Dans la région de Dano les récits historiques font souvent part d'une coexistence pacifique initiale entre Dagara et Pwo. D'habitude, une famille Dagara demanda la permission de s'installer dans un village Pwo et d'y travailler la terre ; permission accordé d'habitude. Bien qu'il n'y eut apparemment peu d'intermariages, la cohabitation amena un certain degré d'interpénétration culturelle allant jusqu'à des conversions ethniques. Ainsi témoignent un nombre de clans pwo, qui réclament des origines dagara. On reconnaîtra cette époque à travers la toponymie (des localités dagara qui portent un nom pwo), des échanges au niveau de l'initiation et des clans dagara ayant des équivalents pwo avec lesquelles s'est instauré une parenté à plaisanterie. La deuxième moitié du 19e siècle amena une plus grande fréquence de litiges guerriers et de migrations forcées. Réalité et fiction sont souvent mélangées dans les récits à tel point qu'il est bien difficile à identifier les éléments fiables. Les Dagara se vantent de leurs exploits guerriers et les Sisala n'admettent guère qu'ils ont été chassé par la force. Bien que parmi les Pwo on parle fréquemment d'expulsion violente, les Dagara-Wiile préconisent, à quelques exceptions près, que ceux-ci seraient partis a plein gré à leur arrivée. Non compatible aux récits d'expulsion violente sont les traditions qui parlent d'un changement de propriété du sanctuaire de la terre par achat ou autres formes de transfert parfaitement paisibles. Non plus s'attendra-t-on à ce que les anciens propriétaires reviennent régulièrement pour faire des sacrifices quand ils étaient expulsés violemment au paravent. Ou bien s'agit-il de faire valoir un reste de pouvoir spirituel ? Pour cette période on ne parle plus d'assimilation culturelle. En somme on a l'impression que la conquête guerrière de l'espace par les Dagara était largement répandue. Tandis que les Sisala et les Pwo étaient fortement décimés par les incursions des Zaberma de Babatou et des Karantao venant de Wahabou, les Dagara semblent avoir bénéficié d'une forte poussée démographique. Les premiers Dagara qui s'étaient implantés dans les villages pwo faisaient venir de plus en plus des membres de leur famille et des gens d'autres clans dagara basculant ainsi l'équilibre des rapports de force au sein du village. Finalement, la situation culmina et un litige armé amena souvent l'expulsion des Pwo. >> En hautLes catégories ethniques semblent s'être durcies durant cette période. Nos locuteurs ont mis l'accent sur des différences culturelles qui n'auraient pas permis une cohabitation (notamment la méthode d'inhumation). Tandis que dans la région des Sisala le transfert du sanctuaire de la terre aux « autres » s'opérait toujours, c'était un cas plutôt rare dans la région de Dano où vivaient les Pwo. De manière générale en quittant un village les Pwo amenèrent leur sanctuaire de la terre et les Dagara installèrent leur propre sanctuaire de la terre. La pierre, tengankur, au centre d'un tel sanctuaire provenait soit du village d'origine soit il s'agissait d'une « petite » pierre, tengankubile, reçu de la part d'un segment du même clan dagara qui avait déjà un sanctuaire fonctionnel dans un village non loin. A l'est du Mouhoun ce n'est qu'au début du 20e siècle, éventuellement seulement durant les années vingt, que le transfert des sanctuaires de la terre des Sisala aux Dagara cesse. Les agglomérations dagara fondées après 1920 ne reçoivent plus de sanctuaire, symbole d'indépendance spirituelle et rituelle. Désormais les Dagara vivent comme des nihuara (étrangers) sur le terroir des Sisala (villages de Pina, Kelendou etc.). Les Pwo, quant à eux, insistent jusqu'à nos jours sur leur compétence rituelle concernant la terre. Même s'ils aient quitté leurs anciennes villages depuis plusieurs générations, ils reviennent parfois pour y faire des sacrifices nocturnes rappelant ainsi leurs voisins dagara qui est le vrai maître du terroir. Les villages qui sont nouvellement fondés par des Dagara sur la terre des Pwo entre les années vingt à cinquante ont un sanctuaire installé par les Pwo qui gardent tout le contrôle rituel. La création du dagara teng, du pays dagara en sens étroit du terme, s'arrête alors vers 1920. Pourtant le « front pionnier » dagara s'étend jusqu'à l'heure actuelle, seulement les modalités d'implantation sont différentes. Grâce à la « pacification » coloniale, les Sisala et les Pwo résistent mieux à la pression des Dagara céder tous les droits sur le terroir. Désormais ils préfèrent garder les sanctuaires de la terre et les droits rituels associés pour leur propre compte. A travers notre lecture des récits de migration, nous avons pu constater que des réseaux des rapports multiples relient des étendues géographiques assez vastes, délimitant ainsi un espace considérable qu'on pourra qualifier comme dagara teng, « pays des Dagara » (au noyau bien défini et aux marges assez floues). Dans ce contexte, il est important d'analyser les relations entre « espace » et « parenté ». Les récits de migration font mention d'étapes qui constituaient des véritables lieux-carrefours où convergent différents groupes de parenté et qui continuent des centres d'expansion des patriclan. Certains groupes claniques s'ajoutent tandis que d'autres s'en vont. Ces lieux où se tissent des rapports multiples apparaissent régulièrement dans les récits comme étape de la migration (entre autres Saala, Memer, Wobzu et Dazuuri à l'est du Mouhoun ; Meou, Yô, Dano, Bagnè et Napalè à l'ouest du fleuve). Autres lieux sont qualifiés comme des centres du culte dédié aux ancêtres et dotés d'un grand pouvoir spirituel (par exemple Babille et Piiri pour les Kusiele; Tom pour les Bekuone ; Ouorpon et Dano pour les Zage etc.). Ces lieux forment une sorte de carte mentale, une topographie qui n'est pas connu dans tous ces détails par chaque individu mais qui donne lieu à une mémoire collective se nourrissant de la certitude de pouvoir retrouver des membres de sa famille -- la plupart des clans ont une vaste répartition géographique -- dans les fins fonds du dagara teng. Ceci, ensemble avec les multiples relations de plaisanterie, d'alliance (arbile/madebr) et d'amitié institutionnalisée qui existent entre les clans qui migrent ensemble, donne lieu à un sentiment d'appartenance « décentralisé », une identité dagara qui se différencie clairement des groupes ethniques avoisinantes. >> En hautDifférentes catégories de lieux existent, des lieux dominé par un seul clan, des lieux où nombre de clans se trouvaient mélangés. Un champ de recherche qu'on est en train d'exploiter est la visualisation sur cartes des relations multiples entre les différends groupes de parenté. La question de l'interprétation des régularités observables se pose. Sont-ils simplement l'expression d'un voisinage des groupes à l'heure actuelle ou bien dans le passé, s'agit-il plutôt d'alliances conclu dans des situations historiques spécifiques ou bien encore y a-t-il à l'origine de ces relations préférentielles la segmentation d'un groupe de parenté en deux ? Un champ de recherche future sera l'étude des relations matrimoniales et leur rapport avec le processus d'expansion territoriale. D'un coté les relations matrimoniales sont bien le moyen de souder des alliances entre clans, par exemple entre des familles Kpiele et Bekuone qui s'intermarient depuis au moins trois ou quatre générations, menant une véritable politique matrimoniale. D'un autre côté il n'est pas encore clair si des villages entiers peuvent se constituer sur une telle base et quel est le rôle des relations entretenu par les femmes aux villages d'origine. Par contre il est certain que l'oncle utérin joue un rôle déterminant pour la génération des enfants; si son lieu de résidence se trouve dans un autre village, celui-ci il est souvent choisi comme escale de la migration. Une autre question se pose : face à une mobilité prononcée, existe-t-il chez les Dagara une « conscience du village » ? Des biographies typiques incluent jusqu'à trois changements du lieu de résidence. Le sentiment d'appartenance géographique se réfère-t-il à des unités plus larges englobant plusieurs villages ? Ou bien le fait que plusieurs clans font des étapes de la migration ensemble crée une certaine continuité de communauté villageoise indépendant du lieu géographique. La comparaison des faits observés chez les Dagara avec les Sisala et les Pwo, plus sédentaires, montre la divergence entre ces groupes. Ces premiers connaissent une topographie détaillé de lieux saints avec des noms spécifiques. Ce phénomène est moins marqué chez les Dagara, bien qu'on n'exagéra pas trop les différences, puisque les Dagara connaissent aussi ce genre d'endroits qu'ils ont souvent repris des Sisala et Pwo. On étudiera à cet égard les récits de migration et leur rapport avec la toponymie. Presque tous les noms de village sisala et pwo sont inspiré par la nature environnante, tandis que chez les Dagara le nom du fondateur comme nom d'un village ou d'un quartier est courant. On s'interrogea d'avantage sur les raisons pour la grande mobilité des Dagara, vu que les techniques de subsistance ne les différencient guère de leurs voisins. A cet égard on avancera l'hypothèse que le système de parenté, favorisant l'indépendance économique et familiale (et de ce fait la scission) des frères cadets mariés, semble jouer un rôle décisif. Une autre axe de recherche future sera la déconstruction du concept du chef de la terre et du sanctuaire de la terre. Ces concepts qui semblent différer considérablement chez les Dagara, les Dyan et les Pwo/Sisala pourront être à l'origine des approches différents des sociétés par rapport à la territorialité et à la mobilité. >> En haut |
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